Secours en mer : qui sont les MRCC et CROSS ?

Couverture mondiale des MRCC, focus sur les CROSS français, fonctionnement et coordonnées

Jusqu’à très récemment, j’avais la prétention de penser que faire appel aux secours, ça n’arrive qu’aux autres. Pourtant, une très récente expérience au large du Portugal, m’a amené à le faire après que des orques se soient régalé de notre safran et aient sérieusement endommagé la structure du bateau.

Une telle mésaventure rappelle une évidence : en mer, personne n’est à l’abri d’un incident. Et lorsqu’il faut demander de l’aide, mieux vaut savoir à qui l’on s’adresse et comment fonctionne la chaîne des secours.

Petit tour d’horizon de nos « anges gardiens » : les centres de coordination du sauvetage maritime dans le monde, puis les CROSS français.

Note : Les principales abréviations de cet articles ainsi que bien d’autres, sont regroupées dans le glossaire, ici.

MRCC en Australie
MRCC en Australie

Qu’est-ce qu’un MRCC ?

Un MRCC (Maritime Rescue Coordination Centre, centre de coordination de sauvetage maritime) est le poste de commandement d’un État pour les urgences en mer. Il reçoit les alertes de détresse, évalue la situation et mobilise les moyens de secours : navires, hélicoptères, avions, marins de passage. Il ne sauve personne lui-même, mais coordonne ceux qui le font.

Plusieurs appellations existent selon les pays et les organisations :

  • RCC (Rescue Coordination Centre) : centre de coordination de recherche et de sauvetage, sans précision du domaine concerné.
  • MRCC (Maritime Rescue Coordination Centre) : centre de coordination spécialisé dans le domaine maritime.
  • JRCC (Joint Rescue Coordination Centre) : centre conjoint assurant la coordination des opérations maritimes et aéronautiques.
  • MRSC (Maritime Rescue Sub-Centre) : centre secondaire chargé d’une partie des missions d’un centre principal.

Ces dénominations ne correspondent pas partout à des structures administratives identiques. Leurs missions précises et leurs moyens dépendent de l’organisation de chaque pays.

Un cadre juridique international

Le système repose sur trois textes principaux, tous issus de l’Organisation maritime internationale (OMI) ou des Nations unies :

  1. La Convention SOLAS (International Convention for the Safety of Life at Sea) de 1974 impose aux États de disposer de services de veille et de secours côtiers adaptés.
  2. La Convention SAR (Hambourg, 1979, en vigueur depuis 1985) est le texte fondateur. Elle découpe les océans en zones de recherche et de sauvetage (SRR) et oblige chaque État côtier à y mettre en place un centre de coordination.
  3. La Convention UNCLOS (Montego Bay, 1982) consacre le devoir de porter assistance à toute personne en détresse en mer.

S’y ajoutent le SMDSM (GMDSS en anglais), Système Mondial de Détresse et de Sécurité en Mer déployé à partir des années 1990, et le système satellitaire Cospas-Sarsat, qui détecte les balises de détresse (EPIRB, PLB) partout sur la planète.

Une couverture mondiale par zones

L’OMI a découpé la quasi-totalité des mers du globe en 13 grandes régions SAR, elles-mêmes subdivisées en SRR nationales ou partagées. En théorie, aucun point de l’océan n’est sans responsable : toute alerte reçue doit déboucher sur une prise en charge, même si l’événement se situe hors de la zone du centre qui l’a reçue. Ce centre garde la coordination jusqu’à ce que le centre compétent la reprenne.

Dans les faits, la couverture reste inégale. Les SRR des pays riches sont généralement bien équipées. Dans certaines régions (Afrique de l’Ouest, parties de l’océan Indien, Méditerranée orientale, Sud-Est asiatique), les capacités sont limitées ou contestées, ce qui complique les sauvetages. L’OMI et plusieurs États financent des programmes de renforcement de capacités.

Une visualisation des zones et des coordonnées de chaque MRCC est accessible ici : https://www.globalsarhub.com/sea-sar.php

MRCC et Zones SAR

Ce site : https://sarcontacts.info/ montre aussi les zones et les coordonnées des centres associés

MRCC et contact zones SAR

Qui finance les MRCC dans le monde ?

Il n’existe pas de modèle unique, mais deux grandes familles :

  • Le modèle étatique : le centre est un service public financé par le budget de l’État, souvent adossé à des garde-côtes (États-Unis avec l’US Coast Guard, Royaume-Uni avec HM Coastguard, Canada, Australie avec l’AMSA).
  • Le modèle mixte, avec financement associatif : l’État finance la coordination, tandis que les moyens d’intervention reposent en partie sur des organisations caritatives. C’est le cas en France (SNSM), au Royaume-Uni (RNLI, non financée par l’État), aux Pays-Bas (KNRM) ou en Allemagne (DGzRS, financée par les dons, qui exploite aussi le MRCC de Brême).

Le cas français : les CROSS

Un acronyme, des missions élargies

En France, le MRCC s’appelle CROSS : Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage. Le modèle est né dans les années 1960 : le premier centre, créé en 1966 à Lorient, s’appelait alors CROD (centre régional opérationnel de défense). Il est ensuite devenu le CROSS Atlantique, transféré à Étel en 1968. La Garde, en Méditerranée, ouvre la même année, Jobourg en 1971, puis Gris-Nez (centre secondaire de Jobourg à l’origine) gagne son autonomie en 1977.

Les CROSS ne se limitent pas au sauvetage. Leurs missions sont multiples :

  • Recherche et sauvetage (SAR : Search And rescue) : coordination des opérations lorsque des vies sont en danger ;
  • Assistance aux navires (MAS : Maritime Assistance Service) : avaries sans danger immédiat pour les personnes ;
  • Surveillance de la navigation (SURNAV) : suivi du trafic, en particulier dans les dispositifs de séparation de trafic comme le Pas-de-Calais ou Ouessant ;
  • Surveillance des pollutions (SURPOL) ;
  • Diffusion des renseignements de sécurité maritime (RSM) : bulletins météo marine et avis urgents aux navigateurs ;
  • Sûreté (SUR) et appui aux autres missions de l’action de l’État en mer.

Un maillage pensé pour les façades et l’outre-mer

En métropole, cinq CROSS assurent la couverture des façades :

  • Gris-Nez : Manche orientale et mer du Nord, de la frontière belge au cap d’Antifer ;
  • Jobourg : Manche, du cap d’Antifer au Mont-Saint-Michel ;
  • Corsen : Manche ouest et mer d’Iroise ;
  • Étel : Atlantique ;
  • La Garde : Méditerranée, secondé en Corse par le sous-CROSS Corse (Aspretto, près d’Ajaccio). Le tandem forme le « CROSS MED ».

Outre-mer, le CROSS Antilles-Guyane (Fort-de-France) et le CROSS Sud océan Indien (La Réunion) fonctionnent sur le même modèle. En Polynésie française (JRCC Tahiti) et en Nouvelle-Calédonie (MRCC Nouméa), l’organisation est différente et comporte une forte composante militaire. En métropole, les CROSS sont rattachés aux directions interrégionales de la mer (DIRM).

SRR Antilles
SRR : « Search and Rescue Region » revenant au CROSS Antilles-Guyane

Qui intervient sur le terrain ?

Le CROSS ne possède pas de bateaux. Il engage selon les besoins :

  • les moyens de l’État : Marine nationale, gendarmerie maritime, douanes, hélicoptères de la Sécurité civile, SAMU.
  • les bénévoles de la SNSM (Société nationale de sauvetage en mer), qui assurent plus de 50 % des opérations en mer lorsque le CROSS engage un moyen nautique, et surveillent un tiers des plages.
  • les navires de commerce ou de plaisance présents à proximité, mobilisés au titre de l’obligation de porter secours.

Une chaîne de décision interministérielle

Les CROSS sont placés sous l’autorité opérationnelle des préfets maritimes (Manche-mer du Nord, Atlantique, Méditerranée) ou des délégués du gouvernement outre-mer, au titre de l’action de l’État en mer. La coordination nationale du dispositif relève du SECMAR, sous l’égide du Secrétariat général de la mer. Budgétairement, les CROSS dépendent du ministère chargé de la mer.

Les financements en France

Les crédits des CROSS

Le fonctionnement des CROSS (personnels, systèmes de communication, radio, maintenance des infrastructures) relève du programme budgétaire consacré à la sécurité et aux affaires maritimes, dans l’action « Surveillance et sûreté maritimes ».

La SNSM, un financement à part

La SNSM, association reconnue d’utilité publique, repose sur trois piliers : dons et legs, subventions de l’État et des collectivités, et contributions de partenaires privés. La pérennité de ce modèle, fondé sur des bénévoles et la générosité du public, reste un sujet récurrent face à la hausse du nombre d’interventions.

Les coordonnées des CROSS et MRCC

En cas d’urgence : le réflexe avant tout

Pour une détresse en mer :

  • VHF canal 16 : voie prioritaire, qui alerte aussi les navires proches ;
  • 196 : numéro français d’urgence en mer depuis un téléphone (quand il y a du reseau), qui oriente vers le CROSS compétent ;

Les numéros directs ci-dessous servent plutôt à signaler un matériel perdu, un incident sans danger immédiat ou à joindre un centre pour une démarche non urgente.

Métropole

CentreZoneTéléphoneCourriel opérationnel
CROSS Gris-Nez (Audinghen)Frontière belge – cap d’Antifer03 21 87 21 87gris-nez@mrccfr.eu
CROSS Jobourg (La Hague)Cap d’Antifer – Mont-Saint-Michel02 33 52 16 16jobourg@mrccfr.eu
CROSS Corsen (Plouarzel)Manche ouest, mer d’Iroise02 98 89 31 31corsen@mrccfr.eu
CROSS Étel (Morbihan)Atlantique02 97 55 35 35etel@mrccfr.eu
CROSS La Garde (Var)Méditerranée04 94 61 16 16lagarde@mrccfr.eu
Sous-CROSS Corse (Aspretto)Pourtour de la Corse04 95 20 13 63ajaccio@mrscfr.eu

Outre-mer

CentreZoneContact
CROSS Antilles-Guyane (Fort-de-France)Martinique, Guadeloupe, Guyane et leur SRR196 ; VHF 16 ; fortdefrance.mrcc@mer.gouv.fr ; 16 boulevard de la Marne, 97200 Fort-de-France
CROSS Sud océan Indien (La Réunion)Réunion, Mayotte, Îles Éparses et leur SRR196 ; VHF 16
COSS Nouméa (Nouvelle-Calédonie)Nouvelle-Calédonie et sa SRRVHF 16
JRCC Tahiti (Polynésie française)Polynésie française et sa SRRVHF 16

À l’étranger : les MRCC voisins

Les principaux centres frontaliers de la France sont HM Coastguard (Royaume-Uni), le MRCC Oostende (Belgique), Salvamento Marítimo / MRCC Madrid (Espagne) et le MRCC Roma (Italie). Pour les joindre en mer, la VHF canal 16 reste le moyen le plus fiable dans tous les cas.

L’application CH16

L’application CH16, développée par Global SAR Hub, propose un annuaire de centres de sauvetage maritimes, une carte des zones de recherche et de sauvetage et des outils destinés à préparer les messages de détresse.

Elle peut constituer un complément pratique à la préparation d’une navigation, notamment pour consulter les coordonnées des centres lors d’une traversée internationale.

Elle ne remplace cependant ni une VHF, ni une balise de détresse, ni les procédures officielles. Un téléphone ne permet pas de joindre les secours sans réseau lorsqu’aucune autre technologie de communication n’est disponible.

L’application est gratuite et disponible sur les plateformes Apple et Android. Selon l’endroit où vous êtes, et ce n’importe où dans le monde, elle affiche les coordonnées du MRCC dont vous dépendez.

CH16
appli CH16

Elle peut être téléchargée ici pour Apple et là pour Android

Sources de cet article

Bilans d’activité 2024-2025 des CROSS (Étel, Gris-Nez, Antilles-Guyane, Méditerranée) ; bilan SNOSAN de la saison estivale 2025 ; communiqué de la SNSM (février 2026) ; dossier de presse des 60 ans des CROSS (ministère de la Mer) ; documentation du SHOM ; annuaires des DIRM ; amendements au PLF 2026 (Assemblée nationale) ; rapport sénatorial sur le secours en mer.

suivre